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Accélérer, ralentir, freiner : des rythmes poétiques dans De l'air

Résumé : Dans les écrits théoriques d'Antoine Émaz, il est frappant de noter l'importance accordée au mouvement, qui constitue l'essence du poème : « D'où ce mouvement pour plier, tordre ou bousculer la langue ; mais ce mouvement n'est pas un parti-pris de départ, même s'il y a bien poème au bout » ii parce qu'« il s'agit de saisir un mouvement de vivre » iii. Le concept linguistique qui se rapproche le plus du mouvement est celui de rythme. Étymologiquement, « rythme » dérive de ruthmos en grec, et signifie l'écoulement du fleuve. Dans son article « La notion de rythme dans son expression linguistique » iv , Benvéniste insiste sur le fait que le rythme n'est pas mesuré, « c'est la forme dans l'instant qu'elle est assumée par ce qui est mouvant, mobile, fluide, la forme de ce qui n'a pas consistance organique », « c'est la forme improvisée, momentanée, modifiable ». Le rythme c'est donc la forme en mouvement, et en ce sens, un enjeu fondamental dans la poésie d'Antoine Émaz. La dialectique du mouvement est d'autant plus importante qu'elle tisse deux thématiques co-substantielles dans cette poétique, le rapport au quotidien et le rapport au langage. Il y a au départ du poème une expérience sensible qui crée la nécessité d'écrire et l'écriture engendre une réflexion autotélique sur l'acte d'écrire. Souvent les deux thématiques fortement intriquées sont liées aux questions rythmiques. « Un poème tend au plus juste vers l'expression de la force qui l'a fait naître. » v Parce qu'il veut être ontologique de la sensation, le rythme est l'expression d'un sens qui se réalise par jeu d'accélérations et de décélérations. Comment linguistiquement ces effets sont-ils obtenus et quelle signifiance peut-on en dégager ? Tendre vers l'expression de la force qui la fait naître, c'est d'abord chercher une forme propre à restituer la force, et Antoine Émaz utilise paradoxalement la prose, comme forme liée, continue, forme où l'on respire, et où le rythme est plus rapide, et le vers, comme forme plus abrupte, heurtée, propre à décélérer. De l'Air est dans sa plus grande partie, écrit en vers, forme graphique d'un rythme pensé. Nous nous intéresserons alors précisément à la forme versifiée, à sa construction, à ses effets, pour ensuite analyser comment les rythmes prosodiques modulent ce travail de construction formelle des poèmes du recueil. I. Des rythmes formels paradoxaux : prose rapide et vers abrupts. Écrire c'est se révolter contre l'inacceptable, c'est repousser l'enlisement dans la matière et dans l'oubli par la création du poème comme forme : On avance lentement / uniquement maintenu / par le refus de se coucher ici / dans cette vase / d'avoir dans la bouche / la vase / les mots et la terre ensemble / dans la bouche (C'est, 75). vi
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Contributor : Sandrine Bédouret <>
Submitted on : Monday, April 1, 2019 - 5:29:57 PM
Last modification on : Wednesday, March 4, 2020 - 1:44:18 AM
Long-term archiving on: : Tuesday, July 2, 2019 - 6:12:03 PM

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  • HAL Id : hal-02087059, version 1

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Sandrine Bédouret-Larraburu. Accélérer, ralentir, freiner : des rythmes poétiques dans De l'air. Triages, Tarabuste, 2008. ⟨hal-02087059⟩

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